CHAMOISEAU, "OISEAU DE CHAM", m'hypnotise. Je savoure physiquement chacun de ses mots.
Certainement que ses pages qui m'ont le plus fait vibrer sont celles de Solibo magnifique. Je n'ai plus ce livre, il fallait absolument que je le fasse découvrir à mon
âme. Alors en attendant que je le retrouve (Solibo), voici un extrait de son récit de mémoire :
"La chaleur livrait le négrillon aux moustiques de la nuit : il ne pouvait se couvrir. Sous peine de grattelles et d’insomnies exsangues, il devait les
faucher au vol, d’une main vive comme l’ombre d’un serpent jaune. Informé du moindre atterrissage sur sa peau, un sens spécial, développé à force, déclenchait des tapes fatales pour les
bestioles, douloureuses pour lui-même, mais qui vengeaient bien des zonzonages narquois au creux de son oreille. Il fallait savoir patienter autant que le moustique, l’attendre-venir,
l’entendre-venir, supputer sa venue, puis happer le noir et le frisson d’une aile. Parfois, ils étaient vingt-douze mille. Le négrillon se réfugiait alors sous son drap, une étuve cousine des
enfers et inutile : certains moustiques bien équipés transperçaient la toile fine. Quand il sut les moustiques apeurés par le vent, il se découpa une série de cartons dans des boîtes de
chaussures italiennes, et,dès la tombée de la nuit, s’en éventait sans un répit, brassant l’air tout bonnement. Les minuscules vampires gardaient le large, trahis par leur propre légèreté. Belle
victoire, mais il dut apprendre à dormir en continuant à s’éventer. Il est possible qu’il y parvint, mais nul n’en témoigna jamais."
Patrick Chamoiseau, « Antan d’enfance », Une enfance créole, vol. I, Paris, Hatier, 1990 ; Folio Théâtre, p. 49.
par Raphaèle
publié dans :
Kit de survie
Dimanche 28 octobre 2007
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