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LA CARTE (tirée de El Comercio du 10 avril 2006) a beau n'être pas très lisible telle que je vous la reproduis, le principal message en reste parfaitement compréhensible. En jaune : les provinces ayant voté majoritairement pour Humala ; en rouge, pour Alan Garcia ; en vert, pour Lourdes Flores. Et toute suite, ce constat, toujours le même, mais toujours aussi frappant : l'isolement de Lima (la tache verte) par rapport au reste du pays. Le dépouillement des bulletins de vote n'est toujours pas terminé (90% à ce jour), mais l'avance d'Humala se confirme (avec un score d'environ 30%) et l'écart s'accroît entre lui et les deux autres candidats.
Voilà. Bon, moi je n’y connais pas grand chose en politique, déjà pas grand chose en France, alors au Pérou, imaginez-vous. Mais j’essaye de comprendre, et en voyant cette carte et ces tableaux, il y a pas mal d’images vues et de propos entendus là-bas qui me résonnent dans la tête.
L'infographie de El Comercio présente un grand tableau récapitulant province par province les résultats tels qu'ils s'annoncent aujourd'hui. Dans la partie supérieure, les résultats pour la présidentielle. Dans la partie inférieure, le nombre de sièges au parlement. En haut à droite, le nombre d'électeurs de la province. Les péruviens à l'étranger votent pour les sièges de Lima.
Je ne peux malheureusement pas reproduire tout le tableau, dont la plupart des noms ne vous diraient peut-être rien, mais simplement en parcourant les résultats des provinces où j'ai séjourné l'été dernier, on peut se faire une idée assez représentative de ce qui se passe.
Lima, avec ses 5.500.000 électeurs, représente le tiers des citoyens votant au Pérou. Ce tiers là est clairement en faveur de la candidate de la droite traditionnelle, Lourdes Flores (avec l'appui des émigrés, et la province de l'extrême Nord, Tumbes).

Piura, comme la plupart des provinces de la côte (avec Lambayeque, la Libertad et Ica, dans l'ensemble, des provbinces moins pauvres que le reste du pays) a voté pour l'APRA d'Alan Garcia. Je ne connais pas assez l'histoire politique de ce parti pour savoir si c'est normal. Je vais tâcher de me renseigner.
Tout le reste du pays, c'est-à-dire la Sierra (montagne) et la Selva (forêt amazonienne) a massivement voté pour Ollanta Humala, "le candidat des pauvres" comme il se désigne lui-même, le parti nationaliste, comme on peut le désigner en termes politiques classiques. Voir pour cela les tableaux des provinces de Cuzco, d'Ayacucho et d'Amazonas. Avec des scores parfois très hauts, comme à Ayacucho (63,4%), qui comme Apurimac et Huancavelica, ses voisines et compagnes de misère, semblent appuyer en masse l'ancien militaire qui a participé à la répression du Sentier Lumineux.
J'avoue que je suis un peu surprise de cet appui massif à un ancien militaire dans ces provinces où il m'avait semblé sentir que l'armée était encore l'objet de méfiance après la violence de la répression contre le Sentier Lumineux. Les gens veulent de l'ordre apparemment. Ils ont voté pour celui qu'ils jugeaient leur ressembler davantage, indien, hors des cadres de la politique habituelle qui ne les prend pas en compte.

Le sentiment d'être exclus de la vie politique, d'être ignorés de Lima est très fort dans les provinces. Maintes fois j'ai pu constater le racisme et la méconnaissance (ou l'oubli volontaire) qui se manifestent de part et d'autre, des liméniens envers les cholos, des gens du Sud à l'égard des criollos de Lima et de la côte. Une fois de plus, la division est flagrante.
(La dichotomie Paris-Province… elle n’existe pas chez nous celle-là, ça non, évidemment. Paris, c’est la France, bien spur, ses avenues, ses parfums, LVMH etc. ; eh bien à Lima, on dit que tout ce qui passe « Jiron de la Union » - l'avenue piétonne qui va de la Plaza de Armas à la Plaza San Martin) fait le Pérou… cette rue est peut-être un peu étroite, va falloir penser à élargir !!! ).
Aux dernières élections, en 2001, c’est Alejandro Toledo, le candidat socialiste, qui l’avait emporté, porté par les voix des provinces, justement. Les mêmes qui votent aujourd’hui pour Humala, « le risque du caudillisme » comme dit la presse latino-américaine (cf. article de RISAL il y a quelques jours).

On a cessé de croire aux idées et aux mots. Les péruviens, ceux de la sierra en particulier, semblent avoir voté avant tout pour quelqu’un qui leur ressemble (c’est bien ce qu’annonçaient les sondages avant les élections…)
On ne peut pas anticiper aujourd’hui sur les résultats du second tour, puisque nous ne connaissons pas encore le nom du second candidat. Une seule chose est sûre : Humala y sera. Il est probable que les voix des deux autres candidats se reportent sur son adversaire, quel qu’il soit (quoique… les électeurs de Garcia, s’il leur faut choisir entre Flores et Humala, risquent de se reconnaître davantage dans Humala ; l’inverse est mois sûr, voire tout à fait improbable).
Si Ollanta gagne, ce serait une victoire symbolique pour les provinces : mais le « candidats des pauvres », au passé obscur et vraisemblablement sanglant, est-il capable de gouverner ce pays ? Il faudrait savoir plus précisément de qui son équipe est constituée. Si l’un des deux autres gagne, tireront-ils la leçon de cette condamnation massive des serranos et des selvaticos (ces deux termes sont souvent employés comme injures au Pérou, mais je les utilise avec une grande tendresse et un immense respect pour les personnes et les réalités qu’ils recouvrent) ?

Flores a l’envergure d’un chef d’Etat, elle connaît tous les rouages de la politique. Mais il n’est pas sûr que son pro-occidentalisme soit ce qui permette de répondre aux urgences et à la détresse financière, éducative, alimentaire, judiciaire des provinces. Alan Garcia… Alan Garcia, on a déjà vu ce qu’il donnait, ce qu’il ne donnait pas… et ce qu’il prenait dans la caisse.
Bref, on verra ce qu’on verra, mais on ne se sent pas franchement emporté par un grand vent d’optimisme… (imaginez la tête qu’on fera, nous, quand il faudra voter l’année prochaine : on entend déjà le braiement des dinosaures et le crissement des dents qui rayent le parquet. Pareil ! ).
"On" vous embrasse.
Les mando un beso a mis peruanos. Y especialmente a los ayacuchanos y ayacuchanas. Ojala, cualquiera sea el que gane, ojala les apoye y les escuche.
Source : http://www.elcomercioperu.com.pe/elecciones2006/especialelectoral2/finalfoto.htm
Voir aussi le blog de Chrystelle Barbier, journaliste au Monde. Elle, elle informe en temps réel, avec des vraies infos. Lien ci-contre : "Une journaliste du Monde au Pérou".
Bientôt ici des nouvelles de l'association Cusi Chakakuna - Les Ponts de Joie (pour la coopération et les échanges d'artistes et d'artisans avec la population
d'Ayacucho), qui prend tournure ! Pour être informé de l'avancée du projet, inscrivez-vous dans la rubrique "Nouvelles / Noticias" (juste au-dessus), et nous vous tiendrons au courant.
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Hasta pronto !
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