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Parmi les nombreuses personnes que j´ai eu l´occasion de rencontrer ici, après Flor, Victor et leurs filles, je voudrais vous en présenter deux autres que j´aime beaucoup, que je connais un peu mieux…

LUZMILA, chez qui je vis, est la directrice du Colegio Fe y Alegría 50. Elle a un còté lunaire assez fascinant… Elle n´aime pas faire la cuisine, alors c´est sa sœur qui cuisine, et quand celle-ci n´est pas là, Luzmila préfère aller manger dehors. Elle n´aime pas faire le ménage, alors une fois par mois, elle demande a une dame de venir laver chez elle. Elle n´aime pas monter les pentes a pied, alors elle prend un moto-taxi pour faire le trajet de l´arrèt de bus à chez elle. C´est assez hallucinant, car elle n´a somme toute qu´un salaire assez modeste pour vivre, mais elle n´a pas envie de se fatiguer avec ce genre de contingences matérielles… Elle fait tout à son rythme, qui serait qualifié de lent selon les critères familiaux. En ce qui me concerne, c´est un rythme qui ne me fait pas violence.
Quand il y a un truc qui se casse, elle rigole, quand elle arrive une demi heure en retard à une conférence qu´elle devait organiser, elle rigole, quand un cochon encore vivant est en train de tomber du toit du combi en pleine còte, elle rigole… Meme quand elle raconte les évènements des dernières années, elle rigole (il faut dire que meme au cœur de l´horreur il y a des situations cocasses…). Dans la vie faut pas s´en faire…
Elle vit avec son chaton Oli (diminutif d´Apolinario), au second étage de la maison dans laquelle vit toute sa famille, frères, sœurs, neveux, nièces, chiens, chats… Elle a fait récemment l´acquisition d´un chat parce que la maison était envahie de rats. Alors entre un chat un peu taré (au lieu d´Apolinario elle aurait du l´appeler Dr Jeckyll & M.Hide : il est adorable en journée, mais le soir le néon doit lui porter sur le système) et les rats, on ne lui en voudra pas d´avoir choisi le chat.
Au début je ne comprenais pas bien à qui j´avais affaire. Mais petit à petit j´apprends à connaître Luzmila et je découvre que son coté lunaire n´est que la parade d´une femme terriblement efficace et généreuse. Il faut voir comment elle dirige le collège, le travail qu´elle fait avec les profs, avec les élèves, avec les parents. Elle trouve des solutions à tout, et toujours en rigolant. De la distribution du lait à l´évacuation des élèves en plein affrontement entre les habitants et l´armée dans la cour de l´école. Avant de diriger ce collège de bidonville, elle était directrice de l´école de musique de Huamanga (le nom hispano d´Ayacucho), une place prestigieuse et très enviée en plein centre ville. Elle a tout plaqué pour Fe y Alegría, quand le collège a été construit. Il a fallu tout inventer, partir de zéro, dans une zone hyper tendue.
Sa famille vient de Piura (le Nord du Pérou), et ils sont arrivés à Ayacucho quand elle était toute petite, son père garde-civil ayant été nommé ici. Elle a fait des études de chimie, de religion et de musique. Elle joue de l´accordéon et du piano.
Dans les années 80, quand le Sendero a pris son essor, elle était toute jeune prof de religion dans un collège d´Ayacucho favorable au Sendero (mouvement terroriste d´inspiration maoiste). Certains de ses collègues étaient à la tête du mouvement. L´un d´eux, avec qui elle n´était pas d´accord mais qui était néanmoins son ami, a été assassiné par la police, qui a fait sauter sa voiture. Il était prof de philo. Il endoctrinait ses élèves. Il s´agissait à cette époque de survivre, et pour survivre, de paraître le plus neutre possible, afin de n´être ni la cible du Sendero, ni celle de la police. Etre prof de religion à une époque où l´on a assassiné les prêtres et tous ceux qui proposaient des solutions sociales alternatives, c´était assez risqué. Il y avait des menaces de mort dans les copies qu´elle ramassait. Elle a survécu, avec pas mal de cran, en tenant tête face aux questions insidieuses de ses élèves et des collègues, tenant ferme son discours de respect de la personne, de justice, de liberté et de paix. Mais quand elle me raconte tout cela – en rigolant bien sûr – elle s´étonne encore d´être passée à travers les mailles. Elle dit qu´elle était jeune et inconsciente, qu´aujourd´hui si c´était à refaire – il faut souhaiter que non – elle ne sait pas comment elle ferait…
Bref, j´apprends plein de trucs en discutant avec Luzmila, et pas seulement sur l´histoire de la ville. Elle a plein d´idées pédagogiques passionnantes, et elle est ouverte à toutes les propositions. Et la personne mérite d´être connue.
La lune peut s´enorgueillir de sa résidente.
FELIPE est en quelque sorte le Greg de Carmen de los Rios, notre voisine d´en face, qui travaille avec des pendilleros (les jeunes qui font partie de ces bandes qui agissent la nuit et qui terrorisent Ayacucho). Felipe, souriant et lumineux, tiré d´affaire aujourd´hui, avec plein de projets dans la tête… Maintenant il fait des études d´informatique et s´occupe d´autres jeunes. Le moins qu´on puisse dire c´est qu´il en veut.
Il a décidé d´adopter Ismaëlle, et après avoir soutiré a sa mère ses plus intimes confidences, a décidé de s´en faire l´ange gardien ici à Ayacucho. Il veut m´apprendre le quechua, la quena, la cuisine, les chansons, les danses, et les moindres recoins de la ville, et comme je ne vais pas avoir le temps de tout faire cet été, il est déjà en train de préparer le programme pour mon retour, ainsi que les visites touristiques à faire faire à mes sœurs quand elles viendront (eh oui, les filles vous êtes attendues, ils sont impatients de rencontrer mes sœurs blondes, et comme en plus j´en ai une qui s´appelle « maïs » - sara en quechua – ils veulent connaître…) ! En échange, je suis censée lui apprendre le français, l´anglais, la cuisine française, lui chanter des chansons et lui apprendre à faire des marionnettes.
Il a dans le regard cette lumière qu´il y a dans les yeux de Greg quand il est content, et ces mêmes espèces de rides entre les sourcils quand il évoque son passé. Ca me le rend étrangement familier et attendrissant. Hier soir on a discuté pendant des heures, directement à l´essentiel. Il m´a un peu prise de court, ca m´a épuisée, vidée, mais fait un bien fou. Je suppose que ce petit bout de Felipe deviendra un vrai ami à la longue.
Bientôt ici des nouvelles de l'association Cusi Chakakuna - Les Ponts de Joie (pour la coopération et les échanges d'artistes et d'artisans avec la population
d'Ayacucho), qui prend tournure ! Pour être informé de l'avancée du projet, inscrivez-vous dans la rubrique "Nouvelles / Noticias" (juste au-dessus), et nous vous tiendrons au courant.
Pronto les vamos a dar noticias de la asociacion Cusi Chakakuna - Puentes de Alegria, que estamos creando, para que cooperen artistas y artesanos a la
vida en las comunidades quechuahablantes de la provincia de Ayacucho (Peru). Para recibirlas, dejen su correo en el cuadro "Nouvelles / Noticias" (encima de esto), se las
mandaremos.
Hasta pronto !
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