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SAMEDI 16 juillet 2005. Après l´éprouvante semaine que nous venions de passer, Luzmila et moi avions besoin de décompresser un peu. Nous avions donc décidé de nous rendre à Cusibamba, à une sorte de Feria organisée par les éleveurs qui fournissent le lait pour les petits élèves du collège (les collèges distribuent le matin un bol de lait à chaque élève avant l´entrée en classe, et un petit pain à 10 heures, car la plupart n`ont que cela dans le ventre toute la journée jusqu´à ce que les parents rentrent du travail, entre 20 et 22 heures – et entre temps, comme les parents ne leur laissent pas la clef de chez eux, ils sont tout seuls dans la rue, et il fait nuit à 18 heures…).
Nous nous sommes donc vaillamment levées à 5h30 pour prendre un combi qui était parti à 3h30 dans la nuit… Chou blanc. Heureusement, un car affrété par l´université devait partir à 7h de

Bref, nous avons donc embarqué à bord d´un bon vieil autocar grinçant, et nous voilà partis cahin-caha pour Cusibamba, sur ces bonnes vieilles pistes poudreuses appelées routes ici. Ces pistes ont ceci de bon qu´elles ne défigurent pas le paysage. Dès que l´on sort d´Ayacucho, on est dans ces paysages de puna immortalisés par Martín Chambi (le bouquin en noir et blanc sur le petit meuble dans ma chambre). La végétation rase et sèche, d´herbe jaune, quelques arbres sur le bord des routes (leurs feuilles ressemblent à celles du pêcher, mais c´est autre chose, une sorte d´eucalyptus paraît-il), des chozas, ces maisons en pierre très basses, recouvertes de paille, des femmes et des enfants assis par terre devant, vaches, moutons, chèvres, poules, chiens tout autour, puis de nouveau des kilomètres de puna désertique, la montagne, les ravins à droite… Ces paysages tels que je les rêvais petite…

L´inconvénient de ces pistes esthétiques, c´est la poussière. Le péruvien aurait ceci de comique, si la poussière ne piquait pas autant les yeux, le nez et la gorge, que face à l´agression d´un nuage de poussière, il râle (« polvo, polvo… »), secoue sa main devant son visage, se couvre éventuellement le bas du visage avec son écharpe, mais en aucun cas il ne lui viendrait à l´idée de fermer la fenêtre grande ouverte par laquelle entre cette fichue poussière !!! A sa décharge, le fait que bien souvent les fenêtres ne ferment pas très bien – donc plutôt que de tenter sa chance au cas où la fenêtre fermerait, il se résigne d´avance à la laisser ouverte. Quand je vous dis qu´ils sont fatalistes et résignés… Enfin, je les aime comme ça.
Le supplice de la poussière a fini par prendre fin car, grâce au ciel, nous nous sommes embourbés ! Ici, on sait quand on part (environ une heure après l´heure de départ, si vous avez bien retenu la leçon de moeurs), mais on ne sait absolument pas quand on arrivera. Ca peut être le jour même, le lendemain, ou pas du tout. D´où l´importance de la prudence au moment d´embarquer : regarder l´état du véhicule, vérifier que le chauffeur ne soit pas ivre, voyager de jour de préférence etc… (je fais attention à tout cela maman). De toutes façons, ils sont plutôt d´excellents chauffeurs (genre Taxi 4, mais à chaque fois ça passe, ce qui est assez impressionnant), et ils n´ont aucun intérêt à prendre le risque de perdre leur véhicule. Et quand on doit croiser un autre véhicule, les deux ralentissent voire s´arrêtent complètement, pour pouvoir se croiser. Le bavardage incessant des passagers est d´ailleurs rassurant. Quand ils se taisent, ça fait à peu près le même effet que quand les hôtesses de l´air vont s´asseoir et attachent leurs ceintures dans un avion. Mais bon, contrairement aux premières fois, je me suis habituée et je n´ai plus peur. J´ai même réussi à dormir, bercée par les cahots.
Quoiqu´il en soit, ce qui est appréciable, c´est que personne ne s´énerve. On monte à 2 à l´heure, on s´embourbe etc… et ça les fait rigoler. Le car avançait, reculait, s´enfonçant chaque fois un peu plus consciencieusement dans l´ornière, quand nous avons finalement décidé d´en descendre, pour constater que nous étions vraiment vraiment enfoncés (la roue toute entière et la boue entrait dans le car). Nous étions prêts à faire le reste du chemin à pied, car Cusibamba n´était plus qu´à une heure ou deux heures à pied, mais le car a finalement réussi à sortir de l´ornière à reculons et nous a rattrapés par une autre route.
Nous sommes arrivés à Cusibamba vers 11 heures. Sur le programme, il était annoncé que la fête commençait à 8h, mais rien n´était encore installé. Les habitants, tous en costume de fête, nous ont souhaité la bienvenue, et chaleureusement, avec abrazo y beso : « Bienvenida Gringuita (eh oui, là aussi…), gracias por visitarnos ». Puis nous avons cherché de quoi manger, car nous étions parties sans prendre le temps de déjeuner. Mais rien n´était encore prêt.

Cusibamba, à

Après un petit tour, les chicharrones étaient prêts pour le petit déjeuner : il s´agit de morceaux de gras de porc avec un peu de viande, revenus dans une grande poêle, sur un petit réchaud au feu de bois, à même le sol, avec un torchon par-dessus pour que la poussière n´entre pas trop dans le plat. C´est servi avec des pommes de terre probablement cuites dans la braise, des oignons très piquants crus, et des grains de maïs. J´avais survécu sans problèmes au caldo de gallina à Quinua, et je sais que le chicharrón est toujours servi bien cuit, bien doré ; j´ai donc cédé à mon estomac et mangé car j´avais vraiment trop faim. On a mangé par terre, en faisant s´éloigner les chiens (« psssttt allqu !!! » en quechua), avec les mamas qui cuisinaient, et les gens qui me faisaient des sourires. Ils appréciaient visiblement que je mange comme eux, avec les doigts et tout (le gel antibactérien, c´est vraiment pratique…), la mama m´a même offert en cachette deux pommes de terre en plus à emporter – c´est le mac drive d´ici – et moi j´étais ravie d´être pleine de paille, les doigts pleins de gras, les dents pleines de peaux de maïs, le menton plein de jus (spéciale dédicace pour Antoine, j´ai surpassé le jour des pâtes), dans le soleil et le bon air frais des montagnes (parce que l´air frais à Ayacucho, c´est pas encore ça), entourée de ces visages que je trouve les plus beaux du monde. En plus c´était bon. Et aucune conséquence digestive, hourra.

Après une heure d´interminables discours ( 11 discours !), les festivités ont commencé. Concours de traite de vache, en deux catégories, mineurs et adultes. Les critères étaient non seulement la quantité de lait tiré en 4 minutes top chrono, mais aussi la propreté et l´élégance de la tenue, l´hygiène des instruments, et la propreté du pis. Le record a été de 
Ensuite, épreuve de lasso. A pied pour les femmes. Il fallait qu´elles attrapent une vache seulement par les deux cornes. Elles avaient le droit à trois tentatives. Assez comique, il faut le reconnaître, car la tenue ne facilite pas les choses. Puis les hommes, à cheval. Le lancer de lasso est vraiment un beau geste. Pendant ce temps là, exposition et vente de produits laitiers, confiture de lait (manjar blanco), fromages, yogourts etc… Le but du week-end festif était en effet de promouvoir les produits du canton et de sensibiliser les gens aux conditions d´hygiène nécessaires pour vendre les produits à la ville et qu´ils puissent se conserver. Pour cela le district de Cusibamba reçoit l´appui de la région et de la faculté d´agronomie d´Ayacucho. L´orgueil des descendants des Huaris veut en finir avec la réputation de pays arriéré et pauvre qu´a la région d´Ayacucho…

Ont suivi une course de taureaux, et l´élection de miss Cusibamba ( le questionnaire portait sur des questions d´élevage) mais je n´ai pas très bien suivi car nous étions en train de nous affoler pour trouver un moyen de rentrer à Ayacucho. En fin d´après-midi, les hommes commençaient à boire, et autre chose que du lait, et comme Luzmila avait une réunion et moi un cours de quechua-quena-marionnettes avec Felipe, on ne voulait pas s´éterniser. Mais le seul véhicule qui comptait rentrer était conduit par un type visiblement ivre, donc nous avons attendu le car par lequel nous étions venues. Qui devait partir à 16h, et qui est parti à… 17h15… (c´est infaillible).

Nous sommes arrivées à Ayacucho à 20h, crevées, frigorifiées (j´ai attrapé un rhume dans les courants d´air du car, mais grâce à St Dr. Defontaine, j´ai ce qu´il faut pour me soigner) et raté nos rendez-vous respectifs… mais bon, une belle journée, non ?

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