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Miguel ne rafole pas qu´on en raconte des tartines sur lui, mais comme ici il a fait la une des journaux pendant une semaine, et que cette ordination était tout de même une des raisons de ce voyage, je m'autorise quelques lignes à ce sujet...
Après une nuit blanche dans le bus en provenance d´Ayacucho, et une brève escale de quelques heures à Lima, le temps de prendre une petite douche, de partir à la recherche de ma valise que Miguel avait malicieusement cachée dans une maison que je ne connaissais pas, et de visiter l´église San Pedro, l´abbaye franciscaine et les catacombes à Lima, et le soir meme je reprenais la route vers le Nord, en compagnie de Jean-Jacques, Anne, Noël, Emmanuel et une trentaine de jeunes jésuites, direction Piura, via Chiclayo (cf: la carte qui figure dans l´article "itinéraire").
Pour info, un car de jeunes jésuites qui quittent Lima pour rejoindre une région au climat plus clément ca ressemble assez à une colonie de vacances d´ados pas encore très équilibrés... (distribution de sucettes, jeux de gamins, pauses clopes) mais individuellement ils sont tous extrêmement sympathiques et intéressants...
Nous avons voyagé toute la nuit pour nous réveiller (enfin, ceux qui ont pu dormir, ce qui n´est jamais mon cas en bus) à Chiclayo, et aller visiter le Musée Bruner à Lambayeque, où est magnifiquement exposé le trésor du Seigneur de Sipán. Culture Mochica. J´y reviendrai.
Arrivée le soir à Piura puis Paita, bord au bord du Pacifique, où commencaient les festivités pour l´ordination de Miguel. C´est là que nous ont rejoint les autres francais qui venaient accompagner Miguel.

... et Jean-Jacques ("yanyac" ici)

Programme :
- vendredi soir, la famille de Miguel, son inénarrable maman et son frère Edy, accueillaient les amis dans la jolie maison de Paita. J´y ai retrouvé Hildy et Chela, et mis des visages sur tant de noms dont j´avais entendu parler... Pisco, chicha, chansons, musique, Pancho au cajón et Jairo aux cuillères. Hildy nous a fait la joie de dire un de ces textes mêlés de chants qui racontent l´esprit de la Sierra. J´adore quand elle fait ca, c´est magique... Je suis restée tard à discuter avec Hildy, Chela, la maman et l´oncle argentin de Miguel, c´était chaleureux. Mais nous sommes rentrées tellement tard que notre lieu d´hébergement était fermé, et qu´Edy a dû arracher la porte pour qu´on puisse rentrer... Eh oui, ici ca se fait.

- lendemain matin, après 3 heures de sommeil, nous avons fait un tour en bateau dans la baie de Paita, vu quelques lobos de mar (espèces de gros phoques poilus qui nagent au milieu des bateaux), puis nous sommes partis en combi sur la plage de Yacila, un peu plus loin, déguster un petit ceviche (plat à base de poisson cru mariné dans le citron avec des oignons très piquants et du piment, c´est absolument un régal, mais vraiment vraiment extrêmement délicieux).


- à 18h, la célébration. Belle célébration (musique un peu pop rock, assez surprenante, mais enjouée) dans la Basilique de la Merced, une basilique contemporaine qui surplombe le port de Paita. Eglise archicomble, et les gens fiers de fêter l´enfant du pays, premier jésuite paiteno, premier jésuite à ne pas être ordonné à Lima (ce qui lui a valu la une des journaux le lendemain). De beaux moments, particulièrement émouvants... : le témoignage du provincial, qui raconte la fidélité de Miguel à travers ses turbulences, la remise de l´étole par la maman, Miguel prosterné, allongé de tout son long sur le sol pour offrir sa vie toute entière, l´imposition des mains et l´abrazo par chacun de ses compagnons présents, dont Jean-Jacques en première ligne, l´onction des mains, et le mini discours improvisé de la fin, occasion pour Miguel d´affirmer son désir d´apprendre chaque jour sa foi au contact de le la foi de ceux qu´il sera amener à rencontrer et à accompagner.

Je tiens à signaler qu´il a été impec pendant l´ensemble des cérémonies, contrairement à ce qu´aurait pu laisser craindre son approche assez hétérodoxe de la liturgie... Aucune gaffe, aucune catastrophe, ni chute ni formules inversées.
Puis la fête le soir, à nouveau musique, chants, danses etc... jusqu´à pas d´heure...
- le lendemain, dans un état second à cause du manque de sommeil, nous avons repris la route pour Piura où Miguel devait célébrer sa première messe, dans la chapelle de verdure (plein air) du lycée San Ignacio, lycée jésuite où il a fait sa scolarité. C´était très émouvant. Son homélie en particulier. On avait dejà pu le constater à Paris, Miguel a ce don de faire des enseignements en confiant le plus sincère de lui-même, il ne donne pas des lecons, mais témoigne avec des mots simples et profonds de ce qui brûle au coeur de sa vie... c´est beau. La qualité du silence autour révèlait l´attention et l´émotion des gens. Le texte de ce dimanche là était la parabole du filet, et celle de la perle fine : le pêcheur qui ramène son filet de pêche qui doit ensuite trier les bons et les mauvais poissons ; et celui qui découvre un trésor dans un champ, ou une perle fine, et qui part ensuite vendre tous ses biens pour acheter ce champ, ou cette perle fine. Miguel a insisté sur la nécessité de choisir, dans les petites et dans les grandes choses, tout en rappelant, avec le témoignage de sa propre expérience, que le choix n´est jamais aussi facile... La vie n´est pas toujours le simple tri évident entre bons et mauvais poissons... parfois le choix d´un trésor implique de laisser de côté des perles fines... Je le raconte mal, mais en castillan, c´était très beau. Il va faire beaucoup de bien aux gens en leur parlant ainsi.
L´après midi, piscine pour se remettre des émotions et se détendre un peu.... Parce que mine de rien, entre mercredi et dimanche soir, entre les nuits en bus et les nuits de fête je n´ai dormi qu´une dizaine d´heures au total...
- lundi, seconde messe (en réalité ca aurait dû être la première) dans le caserío de San Rafaël, perdu dans la campagne désertique dans l´arrière pays de Piura (le "caserío" dans le Nord du Pérou correspond aux "communidades" dans les Andes du Sud, ce n´est pas exactement l´équivalent de notre mot villlage, car cela implique en outre l´idée d´organisation commune). C´est encore une autre planète, un autre Pérou. On se croirait presque en Afrique. Du sable, du sable, des cabanes en bois, des animaux squelettiques et des algarrobos (sorte de caroubier dont on utilise le bois pour les constructions et la cuisine, et le fruit pour produire l´algarrobina qui est utilisée dans certaines boissons, ou comme condiment) non moins squelettiques. C´est impressionnant d´une espèce de désolation et de force déterminée. L´endroit, le paysage, m´a fascinée... Parfois on parle de paysage mental, ce matin là c´était un peu ca. Un de ces lieux où l´on n´est plus rien d´autre qu´un regard, comme si tout le reste de son corps était ailleurs, répandu autour, et nous on flotte au dessus ( OK OK j´étais très fatiguée...) On se demande pourquoi les gens vivent à cet endroit. Cela semble absurde. En fait, un peu plus loin se trouvent les chacras, les terres cultivées, dans une sorte d´oasis, qu´on n´a pu qu´apercevoir au loin. On ne gaspille pas la terre utile avec les habitations, alors on s´installe plus loin, dans la partie désertique. Il faut aller chercher l´eau avec des mules, à deux heures...

Les élèves volontaires de San Ignacio viennent donner un coup de main aux paysans du caserío San Rafaël pendant leurs vacances. Miguel a fait partie de la première promotion de ce type de coopération (´c´est assez hallucinant de l´imaginer dans ce genre d´endroit, mais plus rien ne m´étonne maintenant), et apparemment ce lieu et la rencontre de ces gens a beaucoup compté dans les décisions qui ont suivi. C´est pour cela qu´il avait choisi San Rafaël, et ses gens simples dans la toute petite église, pour sa première messe.



Ce village me fait penser à Macondo, de Cien años de soledad... Après la messe (homélie du Padrecito sur l´Evangile de l´obole de la pauvre veuve, "tout est une question de point de vue"), une famille du village a invité tout le monde à un cabrito, avec chicha faite à la campagne. Savoureux, et maintenant que je suis acclimatée, j´apprécie de pouvoir manger un peu partout sans trop d´inquiétude (ca n´a pas été le cas pour tout le monde malheureusement). La chicha, la fameuse chicha, c´est l´espèce de bière de maïs qui se fabrique ici. Ca se cuisine sur un feu d´algarrobo, et normalement elle fermente grâce à la salive des femmes qui mâchent le maïs avant de le cuisiner. Le débat est toujours ouvert pour savoir si la chicha se fabrique encore ainsi aujourd´hui. En tout cas j´aime ca.

Il faudra aussi que je vous raconte notre périple en forêt amazonienne...

Bientôt ici des nouvelles de l'association Cusi Chakakuna - Les Ponts de Joie (pour la coopération et les échanges d'artistes et d'artisans avec la population
d'Ayacucho), qui prend tournure ! Pour être informé de l'avancée du projet, inscrivez-vous dans la rubrique "Nouvelles / Noticias" (juste au-dessus), et nous vous tiendrons au courant.
Pronto les vamos a dar noticias de la asociacion Cusi Chakakuna - Puentes de Alegria, que estamos creando, para que cooperen artistas y artesanos a la
vida en las comunidades quechuahablantes de la provincia de Ayacucho (Peru). Para recibirlas, dejen su correo en el cuadro "Nouvelles / Noticias" (encima de esto), se las
mandaremos.
Hasta pronto !
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