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LIMA, c’est aussi, enfin, et surtout, des visages auxquels je me suis attachée. Fort. A cause d’eux, malgré ce ciel si bas (qu’il fait l’humilité, dirait le grand Jacques ; « l’humidité » serait plus liménien), j’étais contente chaque fois que mes pérégrinations me faisaient passer par Lima.
C’est, à Pueblo Libre, Chelita, l’amie de Hildy (elles étaient ensemble à la fac à San Marcos), qui m’a accueillie les bras ouverts à mon arrivée, sans même me connaître, et tout de suite maternée.
C’est, à Lima Lima, Hildy, Chema, et leurs deux petites princesses, Ainara et Irati, ces amis de Miguel que j’avais rencontrés à Séville l’année dernière, et qui, à peine réinstallés à Lima, m’ont accueillie dans leur maison comme une fille supplémentaire et une amie. Ahhhhhh…. rêver de projets théâtraux avec Hildy sur le coin de la table de la cuisine…
Chela e Hildy
Ce sont aussi Jairo et Hely, Pancho et Maria, Oscar, Cecilia, Claudia et l’autre Oscar, et j’en oublie certainement, la joyeuse bande de doux dingues du non moins doux dingue Miguel, avec qui j’ai passé de chaleureux moments de rigolade irrigués de Pisco, de Paita à Lima.
C’est Jairo, encore une fois, qui me présente son papa, Felipe Rivas, Monsieur Marionnettes au Pérou, qui m’initie à l’histoire des marionnettes et des masques en Amérique Latine.
Ce sont Juan, et ces trois couples de l’Agustino, qui buvaient du vin doux pour mieux pénétrer les raisons pour lesquelles Ismaëlle ne pouvait parler, tout en gardant un respectueux silence très expressif, qui manifestait à la fois leur incompréhension et leur bonne volonté pour comprendre…
C’est Rodrigo, son inaltérable bonne humeur, et ses innombrables questions sur la France, Cuba, le monde entier, la politique, le Pérou sous toutes ses coutures…
C’est, à San Borja, Lady, cette fille-mère de 24 ans, qui était ma voisine dans le bus de Jaén à Lima, fin juillet. Jamais 16 heures de transport n’avaient passé aussi vite. Cette jeune femme est incroyable. Prends soin de ton petit Rafaël, ma belle.

Ce sont, à Breña, mes grands frères du Juniorado, et Paca, la cuisinière, et Justo, le réceptionniste. Breña est mal famé, certains chauffeurs se signent en entrant dans le quartier paraît-il, et ses pickpockets sont réputés. Pour moi, Breña c’était un nid d’amitié joyeuse, le cocon où je venais prendre un peu de repos et des forces au milieu de mes errances. J’y ai beaucoup ri, j’y ai beaucoup appris, reçu tant de marques d’amitié… Là-bas on m’a particulièrement encouragée, réconfortée, fait confiance, tant au niveau collectif (une nénette au milieu des jez, ça n’allait pas de soi), qu’individuel (merci pour toutes les confidences reçues des uns et des autres), bref je m’y sentais bien. Merci en particulier à ceux qui m’ont ouvert leur jardin secret, fait part de leurs rêves, de leurs inquiétudes, de leurs difficultés. Vos fragilités sont si belles…
A Breña, encore, il y avait Raúl, le marionnettiste lunaire et souriant, et son espèce d’extraterrestre poilu qui a fait connaissance avec Ismaëlle. Il devait m’emmener voir la troupe Cusi-Cusi, et me présenter son collègue Martín, avec qui je correspondais avant d’arriver au pays. Je n’ai pas eu le temps. Décidément, il me reste beaucoup de choses à faire dans ce pays…

Lima, ce sont enfin tous ces chauffeurs de taxi, venus des quatre coins du pays. Le premier contact est toujours un peu méfiant, on négocie la course avec le plus d’assurance possible, on s’installe… et rapidement on discute. On finit toujours avec un abrazo ou un bisou. Je me rappelle de celui qui venait de Cangallo ; de celui qui venait de Huanta ; de celui qui râlait contre le soleil en août à Lima (c’est pas normal, ça annonce un temps pourri pour la suite) ; de celui qui sait que quand les habitants d’Ayacucho adoptent quelqu’un, ils le protègent toutes griffes dehors, et qu’on ne peut pas même l’effleurer avec un pétale de rose ; de celui qui m’invite à venir visiter sa province, dans la Selva ; de celui qui s’étonne qu’on ne m’ait rien fait voler et jamais agressée ; de ce tout jeune chauffeur de 20 ans, le visage strié de cicatrices, ancien pandillero, repenti, qui travaille comme un dingue pour faire vivre sa femme et son petit bébé, sa petite famille dont il parle avec émotion ; de celui qui m’a emmenée à l’aéroport pour confirmer mon billet, de sa sollicitude ; de celui qui s’est énervé contre ceux qui conduisent mal (c’est-à-dire tout le monde… dans ce pays, il est VITAL de conduire hors-la-loi) ; de celui qui a attendu ¾ d’heure avec moi devant le Juniorado, à 8h du mat’, que quelqu’un vienne m’ouvrir… Quand les liméniens parlent des chauffeurs de taxis, ce sont toujours de potentiels voleurs, agresseurs, violeurs, assassins… Peut-être. En tout cas aujourd’hui je suis bien là, et je leur dois de bien agréables tête-à-tête. Chau, maestro.
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